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"Sous les vents de Neptune", de Fred Vargas
Il est 4 heures du matin, la soirée fût arrosée et les paupières menacent de s’écraser de tout leur poids sur les yeux éclatés d’un instant à l’autre. Et néanmoins on attrape "Sous les vents de Neptune", le dernier Fred Vargas, pour suivre les déambulations du commissaire Adamsberg sur les traces d’un trident manié par un mort-vivant. Sous les vents de Neptune est d’une espèce rare : c’est un de ces bouquins qu’on lit quand on n’en peut plus. Qu’on avale à toute allure pour ensuite regretter d’avoir déjà fini. Qui vous fait rire, frémir, cogiter et sursauter. Que l’on a envie de ne pas aimer parce qu’il est exposé en tête de gondole dans tous les Relay de France et de Navarre et figure dans les meilleures ventes de l’Express. Mais qui finalement vous scotche, vous capte, vous happe, vous grippe, vous cloue au canapé tout un weekend.
Fichtrement bien troussé, drôlement bien écrit, ce roman policier est un bouquin comme il y en a trop peu dans le flot de publications débitées à la tonne par les éditeurs parisiens. Jean-Baptiste Adamsberg est un commissaire qui a enquêté pendant trente ans sur un meurtrier qui opérait au trident. Alors que le principal suspect est mort il y a quinze ans, un nouveau crime remet le tueur neptunien sur la route d’Adamsberg, dont le frère a été mêlé à l’affaire il y a plusieurs dizaines d’années. Rajoutez-y une ribambelle de stéréotypes de commissariat : le coéquipier au caractère antinomique, la collègue dont l’embonpoint dissimule plein de ressources, le supérieur crispé mais bienveillant, et les deux mamies complices, l’une bonne cuisinère, l’autre hackeuse confirmée... et on croirait tenir un polar de bonne facture mais somme toute assez classique.
Sauf que Sous les vents de Neptune n’en finit pas de s’enfoncer au pays des surprises, des rebondissements et des doutes. A commencer par la déterritorialisation au Québec qui offre un beau dépaysement géographique et linguistique à un genre littéraire qui sied si bien aux recoins urbains de Paname et de la Grosse Pomme. Mais on n’en finit pas de s’étonner des ramifications de l’histoire, réunissant sur un coin de table les règles du jeu de Mah Jong, la cathédrale de Strasbourg, le monstre du Loch Ness et des crapauds fumeurs de Gitanes. Car le lecteur de polar s’en fout pas mal du "qui" mais bien moins du "comment" et du "pourquoi". Et Fred Vargas fait ici de l’excellent fan service.
Achetez-le !
M.C.B.
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